Maladies de la vigne : les signes qui distinguent mildiou, oïdium et pourritures
Des taches huileuses orientent vers le mildiou, une poudre blanchâtre vers l’oïdium et des raisins couverts de duvet gris vers le botrytis. Mais un symptôme isolé ne suffit pas : une carence, une brûlure ou un ravageur peuvent brouiller les pistes. Pour identifier une maladie de la vigne, croisez l’organe atteint, l’aspect des dégâts, leur répartition et la météo récente. En cas de doute, faites confirmer le diagnostic avant d’intervenir.
Feuilles tachées ou blanches : différencier mildiou et oïdium
Le mildiou et l’oïdium touchent les organes verts et peuvent réduire le rendement ou gêner la maturation des raisins. Leurs symptômes se ressemblent parfois, mais leurs agents responsables et les conditions qui favorisent leur développement diffèrent. Observer plusieurs feuilles et plusieurs organes aide à éviter une confusion.
Quiz : reconnaître les maladies de la vigne
Testez vos connaissances sur les principaux signes à observer dans la vigne.
Ce quiz est informatif et ne remplace pas l’observation approfondie ni un diagnostic professionnel.
Le mildiou : taches d’huile et duvet sous la feuille
Le mildiou est provoqué par Plasmopara viticola, un oomycète et non un véritable champignon. Sur les jeunes feuilles, il forme des plages jaunâtres d’aspect huileux. Lorsque le temps est humide, un duvet blanc peut apparaître sur la face inférieure, en regard des taches. Les tissus atteints brunissent ensuite et se dessèchent. Les inflorescences et les jeunes grappes peuvent aussi être touchées.
La pluie, l’eau présente sur les organes et une humidité persistante favorisent les contaminations. Une température supérieure à 11 °C est un repère favorable mentionné pour son développement, mais elle ne permet pas, à elle seule, de prévoir une infection. La maturité de l’inoculum et la durée pendant laquelle les feuilles restent mouillées comptent également. La présence de taches huileuses mérite donc une observation attentive, notamment après une période pluvieuse.
L’oïdium : un feutrage poudreux sur feuilles et baies
L’oïdium, causé par le champignon Erysiphe necator, forme un feutrage blanc à grisâtre sur les feuilles, les rameaux et les raisins. Les baies atteintes peuvent se déformer, puis éclater. Contrairement au mildiou, l’oïdium n’a pas besoin d’eau libre sur la plante pour se développer : une végétation dense et une atmosphère favorable peuvent suffire.
Son activité peut commencer à partir de 10 °C, sans que cette température soit un seuil d’intervention à elle seule. Examinez les deux faces des feuilles et plusieurs organes. Un duvet sous une tache huileuse et une poudre en surface orientent vers des maladies différentes. Si les signes ne correspondent pas nettement à l’un de ces tableaux, tenez compte de leur évolution et de leur répartition avant de choisir une réponse.
Raisins qui pourrissent : observer la texture et l’évolution
Une grappe abîmée n’est pas nécessairement atteinte de pourriture grise. La couleur des baies, leur consistance et leur évolution permettent de mieux orienter l’observation. Le tableau compare trois maladies qui peuvent toucher les grappes, mais aussi laisser des signes sur les feuilles ou les rameaux.
| Maladie et agent | Signes caractéristiques | Conditions et vigilance |
|---|---|---|
| Pourriture grise, Botrytis cinerea | Baies brunâtres et ramollies, puis duvet gris ; la maladie peut s’étendre dans la grappe. | Humidité, grappes compactes et blessures. Restez vigilant à l’approche de la récolte. |
| Black-rot, Guignardia bidwellii | Taches brunes sur les feuilles, ponctuées de points noirs ; les baies brunissent, noircissent et se momifient. | Pluies contaminatrices. La période allant de la floraison à la fermeture de la grappe demande une surveillance soutenue. |
| Anthracnose, Elsinoë ampelina | Lésions déprimées, souvent à centre grisâtre et à bord sombre, sur les baies et les jeunes organes. | Temps pluvieux. Examinez aussi les rameaux et les feuilles pour compléter le diagnostic. |
Le botrytis est favorisé par des températures généralement comprises entre 16 et 25 °C. Son activation printanière est notamment associée à 15 °C. Les blessures dues à la grêle, aux insectes ou à l’éclatement des baies facilitent son installation. La maladie peut affecter la quantité récoltée, mais aussi la qualité des raisins et du vin. Lorsque les baies sont blessées ou que les grappes sont compactes, observez leur état et l’évolution des symptômes.
Pour le black-rot, ISAGRI mentionne une activité dès 9 °C et 3 mm de pluie. Ces repères doivent être interprétés selon les conditions locales. Les baies momifiées laissées dans la parcelle peuvent servir de réservoir d’inoculum, c’est-à-dire de matériel infectieux susceptible d’amorcer de nouvelles contaminations. Leur présence justifie une attention particulière lors du suivi de la parcelle.
Dépérissement du cep : examiner le bois et les causes non fongiques
Quand la vigueur du cep diminue durablement, une pulvérisation contre les maladies du feuillage ne répond pas forcément à la cause. Élargissez l’examen au tronc, aux sarments et au collet. Si les symptômes le justifient, les racines peuvent aussi nécessiter une vérification. Les signes visibles orientent le diagnostic, mais ne suffisent pas toujours à identifier précisément le problème.
Maladies du bois, tumeur du collet et court-noué
L’esca, l’eutypiose et le dépérissement associé au Black Dead Arm sont des maladies du bois liées à des champignons. Elles peuvent provoquer des nécroses internes, des bras dépérissants, des anomalies foliaires ou un dessèchement brutal. L’excoriose, associée à Phomopsis viticola, touche notamment les jeunes rameaux et laisse des lésions sur les sarments. Aucun de ces signes ne suffit, à lui seul, à identifier l’agent responsable.
La tumeur du collet est une maladie bactérienne reconnaissable à ses excroissances. Le court-noué est une maladie virale associée notamment au GFLV et à l’ArMV. Il peut entraîner des déformations foliaires, des entre-nœuds courts et une mauvaise fructification. Un diagnostic professionnel, parfois complété par une analyse, aide à distinguer ces maladies et à éviter une intervention fondée sur une hypothèse incertaine.
Flavescence dorée : une suspicion à signaler
La flavescence dorée est due à un phytoplasme transmis par une cicadelle. Elle peut provoquer un jaunissement ou un rougissement des feuilles, leur enroulement, un défaut d’aoûtement des rameaux et le dessèchement des grappes. Ces signes peuvent ressembler à ceux du bois noir : la confirmation est indispensable.
En France, la lutte contre cette maladie est obligatoire et réglementée depuis 2001. En cas de suspicion, contactez rapidement le service régional chargé de la protection des végétaux ou l’organisme sanitaire local. Les mesures à prendre dépendent des arrêtés applicables. Dans le cadre réglementaire concerné, un seuil de 20 % de ceps atteints peut notamment entraîner l’arrachage de la parcelle. Ne décidez pas seul de la conduite à tenir sur la seule base d’une observation visuelle.
Organiser le dépistage sans confondre maladie et accident
Inspectez l’ensemble du vignoble au moins une fois par semaine, idéalement deux fois du débourrement à la récolte. Examinez les deux faces des feuilles, les grappes, les rameaux et les bourgeons. Après la chute des feuilles, profitez d’une meilleure visibilité pour repérer les bras morts et les anomalies du bois. Une observation régulière permet de suivre l’apparition et l’évolution des symptômes, plutôt que de se fier à un seul examen ponctuel.
La répartition des dégâts donne des indications : une bande touchée en bordure peut orienter vers une dérive de pulvérisation, une dépression vers un problème d’eau et quelques foyers dispersés vers une origine infectieuse. Cartographiez les zones atteintes avant de prélever. Une fois la feuille détachée, sa position dans la parcelle n’est plus visible. Ces indices guident l’enquête, mais ne constituent jamais des preuves isolées.
- Notez la date, le cépage, le stade végétatif et la météo récente.
- Prenez des photos du cep entier, puis des symptômes de près.
- Distinguez le nombre de ceps touchés de l’intensité des dégâts sur chacun.
- Recherchez des insectes, des morsures, des blessures, des traces de grêle ou des brûlures.
Le phylloxéra, Daktulosphaira vitifoliae, est un insecte ravageur, et non une maladie. Les carences, le gel, la sécheresse et les accidents d’herbicide peuvent aussi modifier l’aspect des feuilles. Plusieurs causes peuvent coexister sur un même cep. Comparer les symptômes entre ceps voisins et noter les conditions locales aide à ne pas attribuer trop vite tous les dégâts à un seul agent.
Prévenir et traiter selon le risque réel de la parcelle
La prévention commence par le choix de cépages moins sensibles et de matériel végétal sain. Le drainage et la conduite du couvert végétal comptent aussi. Le palissage, l’ébourgeonnage et un effeuillage raisonné améliorent la circulation de l’air. Évitez cependant un effeuillage brutal, qui peut exposer les baies aux brûlures. À la plantation, l’orientation des rangs mérite également réflexion pour tenir compte des conditions de la parcelle.
Réduisez les réservoirs infectieux en gérant les grappes momifiées et les résidus contaminés selon les recommandations locales. Leur élimination, leur enfouissement ou leur éventuel brûlage doivent respecter la réglementation. Les plaies de taille demandent une attention particulière face aux maladies du bois. Le choix de la méthode dépend des pratiques autorisées et des consignes applicables localement.
Le cuivre, notamment sous forme de bouillie bordelaise, est utilisé contre le mildiou ; le soufre, contre l’oïdium. Ces produits ne guérissent pas les tissus détruits et leur emploi n’est pas automatique. Contre le botrytis, l’aération et la limitation des blessures restent essentielles. Une protection spécifique peut être envisagée selon le risque observé dans la parcelle.
Avant tout traitement, vérifiez que le produit est autorisé sur la vigne pour l’usage visé. Respectez les doses, les délais avant récolte et les précautions d’emploi. La météo, la sensibilité du cépage, l’historique de la parcelle et les outils d’aide à la décision doivent guider l’intervention. Lorsque cela est recommandé, alterner les modes d’action contribue aussi à limiter les résistances aux fongicides. Un traitement raisonné repose donc sur les observations et sur les conditions réelles, pas uniquement sur la présence d’un symptôme.
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